Chapitre IX
En fait une fois l’appréhension passée tout se déroula et s’enchaina beaucoup mieux qu’imaginé. Comme pour les années suivantes le lancement se passa en partie à Radio Pygmalion célèbre magasin de disques situé sur le boulevard Sébastopol à Paris et nous y réalisâmes notre première séance de dédicaces. La foule s’y pressa et nous n’avions pas un seul instant à nous pendant les deux heures qui suivirent. Un très grand enthousiasme s’empara de tout le monde qui était présent, vendeurs du magasin compris.
Cf Photo ci-dessous :

Réalisé avec succès et des ventes dépassant nettement
nos espoirs ce jour-là il fallait à présent envisager un concert pour fêter la
sortie du disque et en commun accord avec notre Major le lieu établi était donc
le Palace qui était l’endroit particulièrement en vue à l’époque. Il nous
fallait donc étudier tous les détails afin que cet évènement marque les esprits
et pour le moins qu’on puisse dire tout se passa à merveille et cette fois nous
avions tout ce dont on pouvait rêver avec une grosse maison de disques au petit
soin derrière nous et des moyens conséquents.
D’ailleurs les disques
s’écoulaient très rapidement et régulièrement et tout le monde sentait que nous
allions faire de très gros scores si cela continuait de la sorte. La maison de
disques était aux anges et nous aussi. C’est précisément à ce moment-là que j’ai
reçu un appel de notre directeur artistique qui était également celui de Johnny
Hallyday pour me faire une proposition de la part de Johnny qui voulait me faire
passer une audition dans le but de m’intégrer à son équipe. J’étais à la fois
surpris mais en y réfléchissant bien pas tant que çà car à cette période les
guitaristes de hard étaient très côtés et comme je faisais partie des meilleurs
en France et que d’autre part Johnny aimait beaucoup notre groupe puisque pour
ceux qui ont suivi je vous avais dit plus haut qu’il nous avait choisi
personnellement à l’occasion d’une émission qu’il présentait sur Rtl et qui en
l’occurrence avait été enregistré au Rose Bonbon à Paris qui nous portait
décidément chance puisque c’est dans cet endroit aussi que nous étions passés
pour la fameuse soirée en hommage à Angus Young.
Pour en revenir à Johnny
c’était évidemment une occasion qui porte à réflexion mais comme le directeur
artistique m’avait dit que cette audition servait davantage à confirmer mon
entrée à ses côtés plus qu’autre chose... En y repensant bien je me suis dit que
ce n’était pas le bon moment pour moi car notre groupe était en train de
décoller alors que de son côté Johnny était dans une période de flou total comme
il en a connu plusieurs dans sa carrière.
C’était en 1983 et pour moi qui
avais déjà perdu beaucoup de temps avec l’histoire Stratos/Warning narrée
précédemment même si j’étais encore très jeune je ne voulais pas en perdre une
fois de plus alors que j’avais enfin tout en main. Finalement j’ai choisi de
refuser l’audition prévue tout en n’en touchant pas un mot au groupe mais il
n’empêche que c’était malgré tout une énorme opportunité qui malheureusement
n’arrivait une fois de plus pas au bon moment. A ce propos lorsque de son côté
Johnny sorti de cette sale période donc en 1985 avec la rencontre avec Michel
Berger présenté par sa compagne Nathalie Baye qui a eu cette excellente idée
Michel lui a concocté un album qui a cartonné mais Johnny ne m’a pas recontacté
et au hasard des rencontres c’est Nono ex-Trust qui a sauté sur l’occasion et
qui a tout fait pour travailler avec Johnny. Il avait dû m’en vouloir d’avoir
refusé cette audition surtout que je ne l’avais pas vu personnellement à ce
moment-là et tout s’est passé par l’intermédiaire du directeur artistique qui ne
m’a jamais retransmis les propos exacts échangés. Voilà pour cette anecdote qui
aurait pu une fois de plus me changer totalement la vie mais c’est aussi cela
qui fait que la chance joue un grand rôle et là c’est un élément totalement
indépendant et hors de contrôle qui peut influer beaucoup.
Hormis cette
parenthèse très importante malgré tout et qui méritait largement d’être évoquée,
les disques continuaient à s’écouler régulièrement et les chiffres de ventes
croissaient constamment. En revanche le manque de concerts commençait à nous
faire cruellement défaut car en plus du plaisir de retrouver le public c’est
également un moyen de promotion qui a fait ses preuves. Mais dans notre cas ce
n’était pas vraiment déterminant puisque comme je viens de le dire les ventes
étaient toujours très actives. En fait on trépignait car nous aussi étions de
notre côté particulièrement dynamiques, voire hyperactifs pour certains.
La
Maison de disques très enthousiaste à cette époque grâce à nos ventes commençait
à évoquer l’enregistrement d’un deuxième album avec cette fois des moyens revus
à la hausse bien que le premier eût déjà bénéficié d’un excellent budget.
Finalement nous n’aurons fait que deux concerts cette année-là puisqu’en dehors
du concert de sortie de l’album au Palace mentionné plus haut le second s’est
déroulé à Lyon. Pour compenser cela la Major ainsi que notre éditeur
Chappell/Warner ont décidé de monter une grosse tournée française avec quelques
dates également en Belgique et avec des sponsors officiels tels que Ibanez, Tama
et la marque de cigarettes Pall Mall qui nous a offert pour l’occasion un
superbe blouson rouge à chacun des membres du groupe. Ibanez nous a prêté des
guitares et des basses sur lesquelles nous étions censés jouer...Dans les faits
nous ne les jouions que très peu et faisions en sorte que les photos soient
prises avec. Renaud avait quant à lui une batterie Tama. Mais pour monter toutes
ces dates il nous fallait absolument recruter un manager de métier et en
l’occurrence le hasard a fait que c‘est Michel Boulanger surnommé dans le métier
“Pecos” qui a accepté le poste et qui à son tour était chargé de trouver un
tourneur avec tous les techniciens et roadies ainsi qu’organiser dans chaque
ville les hôtels pour nous accueillir, les radios locales pour l’interview sur
place etc.…etc... Un travail énorme mais à chacun son job...
Une fois
tout cela mis au point qui comme vous pouvez vous en douter ne s’est pas fait en
un jour, nous étions tous fin prêts à partir sur les routes pour ce qui serait
notre première grande aventure. Avec un très gros staff en fonction de notre
structure nous pouvions compter sur une bonne dizaine de personnes pour nous
accompagner et effectuer toutes les tâches nécessaires et indispensables au bon
déroulement de la tournée. Nous disposions concernant les musiciens d’une
voiture avec chauffeur dont le but était de nous emmener dans un confort digne
de ce nom car les kilomètres s’accumulant plus tout ce qui va avec lors des
concerts avec le dépôt rapide la plupart du temps de nos valises à l’hôtel, la
séance d’interview de promotion dans chaque radio locale puis retour à la salle
pour faire la balance, repartir se changer pour enfin se produire sur scène et à
peine sorti de pouvoir enfin se restaurer...c’est à peu près le programme
journalier et se coucher à pas d’heure pour refaire la même chose le lendemain
après seulement quelques heures de sommeil est particulièrement épuisant et
demande une sacrée forme afin de tenir le choc pendant plusieurs semaines à ce
rythme. Heureusement il y a des jours off entre pour pouvoir récupérer. Quant à
tout le staff technique englobant les divers techniciens sons, lumières, roadies
ainsi que notre assistant personnel chargé de préparer l’instrument de
chacun...sans compter les voyages en camions pour transporter le matériel,
l’installation de tout une fois arrivés dans la salle comprenant notre matériel
à chacun, la sono bien évidemment, les éclairages...fumigènes etc... et tout
cela prêt et réglé à notre arrivée représente un travail monstrueux que seuls
des spécialistes peuvent endurer à longueur de temps. Bien évidemment cela ne
s’improvise pas et c’est un véritable métier à ce niveau-là. Dans l’ensemble
tout s’est parfaitement déroulé et nous pouvions être satisfait globalement.
Pour la date qui devait se passer au Bol d’Or nous avons bénéficié d’un trajet
en avion qui était nettement plus confortable qu’un voyage en voiture avec le
kilométrage pour arriver à Toulon. Nous avons eu en gros une heure d’avion et
ensuite notre chauffeur venu nous chercher à l’aéroport pour nous conduire à
notre hôtel. Il fallait bien cela pour nous éviter une grande accumulation de
fatigue et pouvoir jouer dans de bonnes conditions d’autant plus qu’il y avait
une foule énorme qui s’étendait à perte de vue, certainement plusieurs dizaines
de milliers de personnes ce qui représentait bien sûr notre plus gros live.
A part un incident qui aurait pu être sérieux, un feu commençait à se développer
sur une partie de la scène mais qui a pu être maitrisé grâce à l’intervention
musclée et vive de certains éléments de notre entourage nous n’avons pas dû
stopper notre show et pu continuer comme si de rien n’était même si nous
n’étions pas très fiers lorsque les flammes sévissaient. Des photos ont
d’ailleurs été prises à ce moment-là et diffusées dans la presse, notamment un
article dans le magazine Moto Revue entre autres. Tout ceci pour l’anecdote...
Mémorable également nous passions lors de la tournée par une date parisienne qui
n’était autre que la salle de l’Eldorado, lieu mythique sur Paris où sont
passées de très nombreux groupes internationaux et pour l’occasion nous avions
deux premières parties, Vulcain en ouverture de soirée puis Canada avant que ne
sorte leur tube “Mourir les sirènes” et puis nous pour clore cette soirée
inoubliable.
Autre parenthèse mais que nous
n’avons appris que beaucoup plus tard, notre Major n’en n’étant pas très fière
ils ont été en négociation avec les autres Vertigo européens et plus
particulièrement les pays nordiques, Norvège, Suède, Finlande, Danemark qui les
avaient sollicités pour une éventuelle distribution officielle de nos albums et
également la possibilité de venir tourner dans ces pays-là. C'était la période
où nous vendions beaucoup car je le rappelle pour ceux qui ne sont pas au
courant que le premier album “Les fils du Métal” a cartonné en France avec des
chiffres de vente frôlant le disque d’or soit 95 000 ex. vendus chiffres
officiels Sacem pour 100 000 ex. quota disque d’or à cette période. Cela
représentait des chiffres considérables dans notre style qui plus est en France
et nous plaçait en deuxième position derrière Trust, référence absolue dans le
genre. Raison pour laquelle notre Major nous chouchoutait mais à tel point
qu’elle a demandé trop d’argent aux autres labels européens partenaires qui ont
fini par laisser tomber. Donc énorme erreur de jugement qui nous a fait perdre
une possibilité européenne qui aurait peut-être pu nous permettre d’envisager
une carrière d’une autre envergure. Pas étonnant qu’ils ne s’en soient pas
vantés sur le coup car ils avaient pris conscience de leur erreur. Mais
malheureusement c’est la France avec leur politique basée essentiellement sur la
variété française omettant par la même occasion les autres styles qui pourraient
vendre également beaucoup mais n’ont pas les moyens suffisants investis sur leur
musique. Nous avons été l’exception qui confirme la règle avec quelques autres
groupes ayant eu cette opportunité mais beaucoup trop peu pour que cela soit
significatif puisque nous pouvons les compter sur les doigts d’une main voire
légèrement plus, je parle bien entendu des groupes ayant eu le privilège de
décrocher un contrat sur une Major.
Tous les autres ont dû se réfugier à
l’étranger sur des labels indépendants mais qui ne bénéficient malheureusement
pas des mêmes moyens financiers et par conséquent d’une promotion nettement
moins importante. Je le sais par expérience ayant vécu les deux cas mais
heureusement pour moi simplement quelques mois sur un petit label. J’ai donc
bénéficié quand même de trois contrats sur des Majors en tant qu’artiste maison
et je pense que nous ne sommes pas très nombreux dans ce cas même si cela ne m’a
pas conduit vers une notoriété telle que j’aurais pu et dû en bénéficier mais je
suis suffisamment reconnu dans mon style et c’est aussi un choix délibéré à la
fin du compte n’étant pas prêt à faire certains sacrifices ou concessions. Mais
ce n’est pas par manque d’opportunités surtout. De gros problèmes de santé ont
régulièrement émaillés mon parcours mais j’y reviendrais par la suite.
J'en profite également pour vous signifier que j'avais des demandes de
réalisations par certains groupes moins expérimentés et même si j'en ai fait
plusieurs une me revient à l'esprit puisqu'il s'agissait de Laurent Lafont
batteur et fondateur de Hustler par la suite, qui était une connaissance et j'ai
donc réalisé la production d'un 45 tours sur lequel je faisais également un
chorus sur le titre de la face B. Le groupe s'appelait Nocturn. C'était juste
pour l'anecdote...
Nous en arrivons donc à
la préparation du deuxième album enregistré cette fois aux studios d’Aguesseau à
Boulogne avec pour ingénieur du son Steve Prestage un britannique ayant
travaillé avec de nombreuses stars telles Gary Moore, Dio etc... et qui
souhaitait s’installer en France. Nous avons dû faire partie des premiers à
bénéficier de ses compétences à cette période... j’y reviendrai.
Quelques Photos en répétition et Live
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