Chapitre IV
Bien
évidemment nous sommes passés par toutes sortes de phénomènes dont un qui nous a
marqué particulièrement puisque nous avons reçu un appel d’un soi-disant
chanteur dénommé Jean-Louis (je cacherai le nom volontairement) qui avait à ses
dires suffisamment de moyens pour produire le groupe si cela lui convenait. Nous
voilà donc partis dans la vieille 404 blanche de Didier pour aller découvrir qui
se cachait sous ce pseudonyme et effectivement il avait un appartement dans le
16éme arrondissement de Paris, une Mercedes blanche et une superbe compagne. Bon
début. J’avais avec moi une cassette de quelques titres que j’avais en réserve
et en lui faisant écouter dès les premières notes il nous dit que cela lui
suffisait et qu’il était convaincu par notre projet en cours. Nous nous sommes
échangé un regard furtif avec Didier mais bon jusque-là tout était encore
plausible même si son écoute nous paraissait un peu brève...mais bon après tout
pourquoi pas.
Après cela il nous a fait
écouter le titre qu’il passait en boucle partout où il se trouvait et qui plus
est dans sa voiture et il s’agissait d’un morceau qui faisait un carton à cette
époque “Carry on wayward son” du fameux groupe Kansas tiré de l’album
Leftoverture. Il nous dit qu’il voulait un groupe qui joue dans ce style et que
dans ce cas il était prêt à investir beaucoup d’argent. Ok, cela ne nous
déplaisait pas et donc pourquoi pas après tout. Sur ce il loua un studio de
répétition et nous étions à la recherche à présent d’un bassiste, d’un batteur
et d’un clavier lui pour sa part devant assurer le chant. D’un coup nous avons
trouvé un super bassiste beaucoup plus âgé que nous mais qui avait déjà une très
longue expérience dans le métier, Alain Pernette qui nous proposa un excellent
batteur avec lequel il travaillait souvent, Jacky Bonneau (mon homonyme mais
sans aucun lien de parenté).
Nous leur avions présenté le projet et expliqué le but
du fameux Jean-Louis et en leur faisant faire connaissance entre eux Alain a
tout de suite flairé que cette histoire était trop belle pour être vraie mais
étant très sceptique il souhaitait cependant tenter l’expérience afin de voir où
cela nous mènerait. J’étais rempli de doutes également mais comme Alain je
souhaitais malgré tout poursuivre l’aventure. Nous nous retrouvions désormais au
studio pour travailler ensemble mais Jean-Louis trouvant toujours un prétexte
pour ne pas chanter ne faisait que des sauts pour suivre l’évolution du
projet...Nous commencions à suspecter vraiment le personnage d’autant qu’entre
temps on voyait défiler de plus en plus de très belles femmes dans son
appartement qui n’était en fait qu’un grand studio et le tout réuni nous portait
à réflexion. L’atmosphère commençait à s’alourdir nettement mais comme
Jean-Louis était malgré tout très malin il sentait le manque de confiance qui
montait en nous et comme dès le début il avait une sorte d’admiration pour moi
il me faisait de plus en plus de cadeaux et cela me mettait dans l’embarras
surtout par rapport à Didier.
Parallèlement on sentait que les filles étaient prêtes
à s’occuper de nous et un malaise s’installa progressivement jusqu’au jour où
nous avons d’un commun accord décidé de tout stopper avant qu’il ne soit trop
tard. Bien nous en prit puisque peu de temps après Jean-Louis m’a contacté et il
ne savait pas comment me l’avouer mais il s’était pris une balle dans le pied,
il avait déménagé dans une tour à Ivry et avait tout perdu. Il m’a quand même
demandé de passer le voir et qu’il m’expliquerait tout. Mais nous avions déjà
cerné le personnage et avions compris qu’il s’agissait d’un proxénète qui
faisait travailler des prostituées de luxe et même sa compagne qui était superbe
travaillait en fait pour lui et était plus moins la “chef” de tout ce réseau
avec lui en dirigeant d’où les sommes en espèce qu’il trimballait toujours sur
lui.
Enorme
déception mais simultanément grand soulagement d’être enfin sorti de cette
histoire qui devenait de plus ne plus sordide. Je suis malgré tout allé le voir
car il avait toujours été adorable avec moi mais le fait d’aller dans les tours
d’Ivry et de le rencontrer dans cet état lamentable et blessé dans un
appartement minable m’a laissé un très triste souvenir de toute cette histoire
et le conte de fée s’était transformé en pire cauchemar. Je préfère m’arrêter là
sur ce sujet et passer à la suite beaucoup plus “normale” dirons-nous.
Donc
cette fois nous sommes repartis avec Didier mais avec notre fameux tandem
basse/batterie qui pour le coup nous avait suivi. Il nous manquait plus qu’un
chanteur car entre temps nous avions délaissé le projet avec Jean Louis et
repris mes titres et plus besoin d’un clavier. Toujours avec les petites
annonces nous avons auditionné différents chanteurs et pris une option sur un
qui avait un bon timbre même si le personnage était particulier mais bon
pourquoi pas. Il se dénommait Claude et nous avons répété avec lui dans
différents lieux. Et puis un jour je ne sais plus exactement pourquoi mais nous
avons réalisé qu’il n’était pas la bonne personne pour nous et avons mis un
terme à cette collaboration. Par la même occasion notre duo basse/batterie nous
a quitté également et de nouveau seuls tous les deux avec mon fidèle acolyte
Didier.
Donc obligé
de reprendre les auditions de tous les éléments manquants mais dans des
conditions beaucoup plus confortables puisque ma mère nous avait obtenu entre
temps un local par la ville de St Maur dans le fabuleux conservatoire qui venait
d’ouvrir et qui était à l’époque le plus moderne d’Europe. En revanche le local
était une pièce totalement nue et donc beaucoup de travaux pour insonoriser ce
qui serait notre futur lieu derépétition. La mairie nous a accordé un budget
spécial afin d’acheter le matériel nécessaire et ensuite plus qu’à s’y mettre.
Pour ma part je ne suis pas très manuel je l’avoue en revanche Didier a vraiment
assuré comme un fou et s’est collé avec entrain et détermination à entreprendre
les travaux. Je l’aidais un peu mais mon travail consistait plus à lui passer
les différents outils et matériaux dont il avait besoin pour continuer au fur et
à mesure.
J’avoue
qu’avec cette méthode je ne sais plus combien de temps cela a pris exactement
mais j’ai quand même été agréablement surpris car tout a été beaucoup plus
rapide que prévu surtout que ce n’était pas rien à réaliser puisque dans les
sous-sols de ce lieu superbe il fallait que le bruit passe le moins possible et
même pratiquement pas car juste au-dessus de nous il y avait des locaux mais
cette fois pour les répétitions des musiciens classiques. C’était très délicat
et je me souviens des panneaux de laine de verre qui jonchaient au sol avant de
recouvrir les murs et cela représentait un travail de titan. Mais le résultat
était à la hauteur de nos attentes et nous nous sommes retrouvés dans un local
superbe et tout neuf en plus. Nous pouvions à présent accueillir dans le futur
les représentants des diverses Maisons de disques avec une certaine fierté. Mais
avant d’en arriver là il fallait déjà retrouver les différents membres composant
le groupe et nous avons passés des mois à faire venir des bassistes, des
batteurs et des chanteurs pour les auditionner.
Après en avoir vu défiler un
certain nombre nous avons enfin pu trouver les bons pour finaliser
définitivement la formation. Mais c’est vraiment au niveau du chant que cela a
été le plus dur à trouver et un beau jour nous tombons sur Rapha qui nous a
littéralement scotché et cette fois nous pouvions vraiment nous attaquer à
répéter le répertoire qui s’était à présent étoffé avec le temps et dont j’étais
le créateur principal ayant composé la plupart des titres avec Didier qui de son
côté en avait créé quelques-uns en supplément. Avec le niveau général assez
élevé cela a été assez rapide et nous étions prêts cette fois à enregistrer une
maquette ayant suffisamment de choix au niveau titres. Il fallait cependant
trouver le budget et le studio où réaliser l’enregistrement. Ma mère Isabelle
ayant pas mal de relations et étant de plus assez persuasive trouva la personne
adéquate prête à s’investir sur le projet et comme de plus cette personne Roland
Vincent était dans le métier il nous trouva également le studio. Il n’y avait
plus qu’à.