Chapitre XII
A présent et vu la notoriété
acquise précédemment dont je bénéficiais dans le métier je pouvais monter mon
projet solo et susciter l’intérêt des différentes Majors et c’est ce que j’ai
fait en montant mon projet “Stephen” avec à la base une musique plus accessible
au grand public sans renier aucunement ce que j’avais fait auparavant mais en
l’adaptant davantage à ce qui se fait en France contrairement aux pays
anglo-saxons. Notre trio composé de Jérémy Quiedeville aux vocaux,
Pierre-Alexandre Noir aux claviers et moi-même aux guitares (dont des parties en
violoning...et oui) mêlées subtilement aux claviers donnent un effet plutôt
saisissant. Avec une simple maquette mais réalisée dans d’excellentes conditions
immédiatement EMI s’est intéressée à cette maquette et a proposé une offre très
importante qu’il était impossible de refuser avec carte blanche pour la
réalisation du disque. J’ai donc choisi Dominique Blanc-Francard la référence en
ingé son de l’époque (et d’ailleurs toujours en activité) qui était
difficilement disponible mais j’ai réussi à l’avoir quand-même car il me
connaissait déjà. Après de très intenses séances de studio nous avions enfin le
produit fini. Notre Major était satisfaite du résultat et nous a même fait faire
dans la foulée un pré clip en français et en anglais également avec des costumes
de scène choisis pour l’occasion par Isabelle toujours dans le coup et moi-même.
C’est elle également qui était chargée de la pochette et elle a choisi de faire
un montage entre une peinture unique réalisée pour cet évènement et un collage
de photos de nous trois puisqu’il s’agissait d’un trio avec deux musiciens
additionnels pour la section rythmique basse batterie.
Je me souviens que notre
directeur de production était parti pour affaires au Canada et qu’il nous avait
dit passer notre titre en boucle dans l’avion ce qui prouvait son intérêt et
était plutôt flatteur. Tout le service marketing en effervescence afin de
réaliser un “gros coup” selon les propres termes d’EMI et encore une fois
catastrophe puisque le directeur de production chargé de notre projet saute
(chose courante dans ce milieu) ainsi que toute l’équipe dont il était en charge
comprenant notamment plusieurs directeurs artistiques impliqués et tout ce beau
monde remplacé par une toute nouvelle équipe déjà chargée de ses projets signés
et dont la priorité était évidente. Pas de choix mais énorme déception pour nous
et qui s’est confirmée encore davantage par la suite puisque notre “produit”
était entièrement prêt mais ne sortait jamais malgré les promesses incessantes
de la nouvelle équipe sensée s’en occuper. Et à chaque fois que nous en parlions
avec eux ils nous répondaient sans cesse qu’ils faisaient le nécessaire alors
qu’il était très clair que tous les artistes qu’ils avaient signés eux-mêmes
sortaient leurs disques avant nous et que nous étions tout simplement bloqués.
Il y a d’ailleurs un terme spécial pour évoquer une situation qui est finalement
beaucoup plus courante qu’on ne le croit et qui se nomme “enterrer” un produit
puisque c’est également le nom pour évoquer un disque (produit). Et pour comble
on était lié par contrat donc impossible d’aller ailleurs. Pour une fois depuis
longtemps que j’avais tout en main avec un budget conséquent rien n’était
décidemment facile pour moi.
Pour en revenir à une des
principales différences mais non négligeables entre une Major et label
indépendant est qu’on rencontre de très nombreuses personnalités diverses mais
cela constitue ensuite un énorme réseau de relations et on existe véritablement
dans le métier. On marque son époque quel que soit le style et c’est un élément
déterminant car on existe réellement. Malgré ce pays qui n’est décidemment pas
celui de la culture rock lorsqu’on réalise des chiffres de ventes telles que
ceux que nous avons eu le privilège de faire sur le 1 er album de SJ cela marque
les esprits..
Parallèllement j'avais régulièrement des demandes
d'arrangement de titres et pareil que pour les demandes de productions j'en ai
aussi accepté certaines avec une bonne rétribution. Toute peine mérite salaire
salaire...ceci encore simplement pour l'anecdote.
Quelques photos de cette période :
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Après cela ont commencé les divers soucis de
santé qui émailleront ma vie à partir de là. Au début c’étaient davantage des
problèmes liés au dos où j’étais très souvent “coincé” et il fallait dans ce cas
que je vois un kiné qui me débloquait jusqu’à la prochaine fois. Il faut dire
que j’avais une scoliose congénitale et qu’avec les années et le poids des
guitares électriques notamment la Lespaul qui est loin d’être la plus légère et
ne pouvant pas pratiquer certains sports pour me muscler liés à cette
complication ce n’était pas facile à gérer mais ce n’était pas non plus
intenable surtout avec l’habitude d’avoir constamment différentes douleurs par
ci par là. Mais c’est à un moment prépondérant puisque je venais d’être contacté
directement par William Sheller qui avait eu l’occasion d’écouter mon 45tours de
Stephen (jamais sorti finalement) dans les locaux d’EMI et qui souhaitait faire
un album plus axé rock que ce qu’il faisait habituellement et pour cela utiliser
les services d’un guitariste expérimenté dans ce style.
Je me souviens de
cet appel comme si c’était hier alors que cela fait plus de trente ans à présent
(1991 exactement) et je décroche donc le téléphone et il me dit tout
naturellement “Bonjour Stephane, c’est William et je te contacte à propos de mon
prochain d’album qui se veut plus rock et ayant eu l’occasion d’écouter Stephen
je me suis dit que tu étais tout à fait le guitariste dont j’avais besoin. Comme
il ne m’avait jamais énoncé jusque-là son nom je me suis permis de lui demander
car même si d’après ses propos j’avais une vague idée de qui il pouvait être, je
souhaitais quand même avoir sa confirmation d’autant plus que nous ne nous
étions jamais entretenus jusqu’à présent. Il me confirme donc et comme il est
vrai que nos deux mamans étaient amies j’en avais déjà beaucoup entendu parler
raison pour laquelle je me suis douté de qui il s’agissait. Cependant même si je
pense que sa maman Paula lui avait déjà parlé de moi je ne sais pas si cela l’a
influencé dans son choix ou pas...
Après un entretien téléphonique relativement
sympathique même si William est quelqu’un de très particulier peut-être que les
rapports d’amitiés entre nos mères l’ont rendu plus chaleureux à mon sujet. Bref
nous avions fixé un rdv chez lui et je m’y suis rendu comme convenu. William m’a
reçu et nous nous sommes rendus dans sa pièce de travail où se trouvait son
piano et je me suis assis à côté et il jouait pour me faire écouter en premier
lieu un aperçu d’un des titres déjà prêts pour l’album à venir. William étant un
très grand musicien reconnu à juste titre et même si j’avais l’habitude de
côtoyer d’excellents instrumentistes la plupart du temps j’étais malgré tout
impressionné par sa virtuosité et son sens harmonique de compositeur et on
ressentait bien évidemment son éducation provenant de la musique classique ce
que j’appréciais tout particulièrement avec ce mélange qui lui est propre avec
un coté moderne qui lui confère un style unique et inimitable. C’est William
Sheller point barre et pouvoir avoir eu l’opportunité d’assister à cela à
quelques dizaines de centimètres est un souvenir qui restera gravé dans ma
mémoire à vie.
Il me fait également écouter un aperçu enregistré sur
l’ordinateur de l’époque c’est à dire des prémices de ce qu’il en adviendra par
la suite avec les parties de guitares faites au clavier mais déjà composées avec
l’obligation de les reproduire avec ma guitare. Je trouve l’ensemble très sympa
et il me sort alors la partition qui était censée m’aider ainsi qu’une cassette
audio avec l’ensemble du titre. Il me demande si cela me convient et je lui
réponds que c’était parfait. Avant de le quitter lui ayant parlé de mes
problèmes de dos il me donne son rameur d’appartement me disant qu’il ne lui
servait plus et un coffret luxueux contenant son précédent ouvrage “Excalibur”
avec le clip en cassette vidéo + un cd audio vidéo doré que je n’ai jamais pu
visionner n’ayant pas le lecteur approprié et le tout accompagné des
illustrations du dessinateur Druillet avec lequel il avait collaboré pour cet
album. J’adore d’ailleurs cet album qui fait partie de mes préférés de toute
l’oeuvre de William avec également “Le nouveau monde” que j’apprécie énormément
également.
Je vous
joins quelques photos de ce coffret devenu particulièrement rarissime et de ce
fait d’une grande valeur à la fois sentimentale et pécuniaire aussi :
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Sur ces bonnes paroles je quitte l’appartement de
William et je rentre chez moi très satisfait de cette entrevue. Quelques jours
passent, je travaille sur le titre en question à savoir que si les parties
rythmiques étaient imposées le chorus guitare ne l’était pas mais William avait
cependant émis quelques suggestions. Mais malheureusement je me bloque le dos
une fois de plus mais le problème le plus important est que mon kiné habituel
venait de partir en vacances pour environ un mois et que je ne peux pas rester
tout ce temps coincé surtout à présent que je dois travailler sur l’album de
William. Donc paniqué j’appelle mon médecin traitant de l’époque en lui
expliquant et en lui réclamant qu’il me dirige vers quelqu’un d’autre. Il me
répond qu’il n'a aucun kiné à me recommander mais qu’il connaît bien un
chiropracteur mais je sens qu’il n’est pas chaud pour m’envoyer vers lui.
J’avoue que je le supplie et lui dis que j’en assume les conséquences. Il finit
à contrecoeur par me donner ses coordonnées et je le contacte sur le champ. Le
chiropracteur en question venait de subir une lourde intervention et ayant déjà
un certain âge n’était effectivement pas très en point. Je comprends les
réticences de mon médecin mais une fois sur place avec les différents problèmes
évoqués plus haut je me dis allons-y cela ne pourra que me soulager... Erreur
fatale parce qu’il me demande quel est mon problème exactement et pendant que je
lui explique il me dit qu’il faut traiter le mal à la racine c‘est à dire au
niveau des cervicales et non du dos puisque selon ses dires l’origine provient
de là. Il me répond qu’il faudra quelques séances et qu’ensuite je n’aurais plus
aucun souci. Il commence donc à me manipuler et j’entends un très fort bruit
intérieur et immédiatement des douleurs très fortes que je n’avais jamais
ressenties auparavant. Je lui signale et sa réponse est que c’est tout à fait
normal car cela fait très longtemps que j’ai ce problème et qu’il faut du temps
pour que tout revienne à la normale. Je l’écoute tout en doutant de ses propos
car je me dis que c’est encore bien pire qu’avant et que j’aurais mieux fait
d’écouter mon médecin. Trop tard et les douleurs ne font qu’empirer petit à
petit pour dégénérer en migraines insoutenables. Je me convaincs comme je le
peux puisque le mal est fait et j’y retourne malgré tout une deuxième fois en
souhaitant que cela commence à diminuer. Que nenni c’est même encore pire si
cela pouvait l’être et je décide en sortant de son cabinet de ne plus jamais y
remettre les pieds. Mais malheureusement il est trop tard et passant ensuite un
scanner on découvre qu’il m'a provoqué une hernie discale aux cervicales et que
comme c’est une zone particulièrement sensible les spécialistes hésitent à
intervenir au risque d’engendrer une paralysie plus ou moins importante avec des
séquelles qui pouvaient être considérables. Finalement on décide d’un commun
accord de ne rien faire car une hernie peut toujours se rétracter d’elle-même.
Trêve de malheur aucune nouvelle de William qui ne sait pas comment
m’annoncer que son label lui a imposé d’aller enregistrer son album en
Angleterre avec des musiciens anglais reconnus... Donc aucune suite pour moi si
ce n’est qu’il voulait absolument que son fils prenne des cours avec moi ce qui
s’est fait d’ailleurs mais quand je repense à toute cette histoire et que je
suis allé voir ce chiropracteur afin de pouvoir assurer les enregistrements de
mes parties de guitare je me dis que je n’ai une fois encore eu aucune chance et
que je devais à présent endurer des douleurs terribles qui finiraient par
disparaître au bout de nombreuses années et que pendant tout ce temps je ne
pouvais plus rien faire si ce n’est donner des cours où le seul avantage que je
pouvais en tirer était l’aménagement de mon temps où je décidais seul des
meilleurs moments. Fin de ce paragraphe.